Le Document authentique : un exemple d’exploitation en classe de FLE

Le Document authentique : un exemple d’exploitation en classe de FLE

Veda Aslim-Yetis
Université Anadolu
Turquie

1. Introduction

Les documents authentiques[i], conçus pour les francophones par les francophones pour répondre à une fonction de communication, sont importants en classe de langue car leur usage correspond à un enseignement davantage axé vers la vie réelle et l’actualité, à un enseignement plus sensible aux motivations et aux besoins de l’apprenant et à un enseignement surtout soucieux de voir l’apprenant adopter une attitude plus active et plus créative.

Véhiculant une communication réelle (ou naturelle), les documents authentiques ont servi à concrétiser l’un des plus grands objectifs de l’enseignement du Français Langue Etrangère (FLE) qui est justement l’apprentissage d’une communication réelle. En effet, ces documents « expose[nt] les apprenants à des aspects de l’usage langagier qui ne font aujourd’hui l’objet d’aucune description élaborée et dont on estime pourtant qu’ils sont à enseigner. » (Coste, cité par Bérard, 1991 : p.51). Par exemple, nous retrouverons davantage, dans les documents authentiques que les manuels de FLE, le langage familier oral qui est un aspect important de la langue française.

Dans cet article, après avoir présenté le document authentique en répondant à une série de questions qui nous aidera à le décrire, à définir ses caractéristiques et les raisons d’exploitation en classe, nous présenterons une exploitation de document authentique préparée pour une leçon de compréhension/expression orales FLE dont le public est turcophone.

2. Présentation du document authentique

2.1. Qu’est-ce que le document authentique ?

Le document authentique est un document écrit, audio ou audiovisuel destiné au départ à des locuteurs natifs mais que l’enseignant collecte pour l’utiliser dans des activités qu’il va proposer en classe. Ce document est dit authentique parce qu’il n’a pas été conçu à des fins pédagogiques mais à des fins communicatives. Il est présenté aux apprenants tel qu’il est, c’est-à-dire dans son état original (si une quelconque modification est apportée à ce document telle que la suppression d’un ou de plusieurs paragraphes pour diminuer le taux d’informations ou bien l’ajout de connecteurs entre les phrases pour en faciliter par exemple la déduction, il ne s’agit plus alors de document authentique mais de document didactisé).  Ainsi, le document authentique se différencie du document pédagogique ou fabriqué « créé de toutes pièces pour la classe par un concepteur de méthodes ou par un enseignant. » (Robert, 2002 : p.14) selon des critères linguistiques et pédagogiques.

2.2. Quels sont les types de documents authentiques ?

Un document authentique peut être un annuaire téléphonique, un calendrier, un catalogue de vente par correspondance, un journal, un magazine, une carte, un plan, des horaires de trains, un télégramme, un chèque, un passeport, des petites annonces, une publicité, un dépliant touristique, un programme de télévision ou de cinéma, un imprimé administratif, un formulaire, une recette de cuisine, un billet de banque, une bande dessinée, une photo de famille ou de monuments, de rues, un bulletin de météo, une chanson, un film ou documentaire, un emploi du temps, des résultats sportifs, une critique littéraire, des extraits vidéo d’émissions télévisées, de livres, etc.

2.3. Où trouver un document authentique ?

Depuis l’émergence d’Internet trouver tout type de document authentique est plus facile mais voici comment on faisait avant ou comment on peut faire lorsqu’on n’a pas accès à Internet :

Trouver un document authentique écrit :

  • Un article de journal, une petite annonce, une publicité : chercher dans la presse écrite (quotidien, magazines féminins, masculins…)
  • Un dépliant : aller à la gare SNCF, à la banque, chez France Télécom, une administration, un bureau de tourisme…
  • Un prospectus, un tract : regarder dans la boite aux lettres, aller dans les magasins.

Trouver un document audio :

  • Des bulletins d’informations ou de météo, une publicité, une chanson : écouter la radio et enregistrer les programmes souhaités, utiliser des cassettes ou des cédéroms.

Trouver un document audio-visuel :

  • Un film, une publicité, un documentaire, un clip vidéo : regarder la télévision qui témoigne directement de la réalité sociale et culturelle et enregistrer ces émissions, utiliser des cédéroms, des dévédéroms.

Cependant, en cas d’accès à Internet, n’oublions pas que cet outil « est une source intarissable de documents authentiques variés, accessibles dans le monde entier… » (Cord, 2000 : p. 240) : il offre aussi bien des documents authentiques sonores qu’écrits. Voici quelques exemples de site (adresses Web fournies à la suite de la bibliographie) présentant ce type de document :

Pour la presse écrite :

  • Revue2presse, Courrier International, Rue 89, les quotidiens Le Monde, Le Figaro, L’Equipe, Libération, etc.

Pour la radio :

  • France Culture, RFI, RTBF (belge), ARTE radio, etc.

Pour la télévision :

  • TV 5 Monde, ARTE reportage, La Télé Libre, les journaux télévisés de France 3, la télévision de découverte francophone qui présente différentes émissions francophones et où l’on peut envoyer des vidéos, etc.

Pour les publicités, les clips vidéos :

  • YouTube ou Dailymotion qui sont des sites d’hébergement de vidéos présentent toutes sortes de vidéos telles des extraits de films, des vidéos amateurs, de la musique… 

Nous pouvons encore trouver sur Internet différents tracts, différentes affiches, des paroles de chansons…à l’aide des moteurs de recherches comme Google ou Yahoo.

2.4. Pourquoi utiliser des documents authentiques en classe de langue ?

Voici plusieurs raisons qui incitent à faire usage de documents authentiques en classe de langue :

  • l’absence de manuels correspondant à la particularité linguistique (ex. le français sur objectifs spécifiques) ;
  • l’obligation de remédier aux problèmes posés par le manuel jusqu’alors utilisé (on citera l’inadéquation du niveau de langue, le désintérêt des apprenants pour les sujets traités, l’ethnocentrisme, l’inappropriation des activités, la désuétude des contenus et, évidemment, le coût,...) (Lemeunier-Quéré, 2006).
  • offrir du français véritable : la langue française, comme toutes les langues, possède des règles linguistiques, syntaxiques…et les manuels de FLE les présentent de façon la plus conforme que possible au français standard. Les apprenants sont ainsi confrontés à une langue normée, à un français correct voire même parfois à un niveau de langue soutenu. Or, le français est aussi utilisé de façon spontanée, non officiel ; les Francophones peuvent aussi parler en hésitant, en faisant des pauses, en abrégeant, en ayant recours à des répétitions inutiles, à des paraphrases, en faisant usage de différents registres langagiers. Ainsi et comme dans toutes les langues le français est une langue non pas homogène mais variable que les documents authentiques exposent très bien lorsqu’il est question de document oral et/ou visuel. Cette variabilité que nous appelons « français véritable » permet à l’apprenant de langue de comprendre que le natif peut comme lui se tromper, chercher un mot, hésiter et ceci non seulement le rassure pour la suite de son apprentissage mais aussi lui permet d’accéder au langage non formel pas toujours disponible dans les manuels mais pourtant utilisé par le natif ;
  • compléter la leçon avec un document présentant une situation de communication réelle tout en répondant aux objectifs de la leçon ;
  • offrir une image authentique et riche du monde extérieur et contribuer ainsi à développer chez l’apprenant une attitude favorable à l’égard de la langue et de la culture étrangères ; 
  • motiver l’apprenant : « un apprenant de niveau débutant peut être motivé positivement s’il peut comprendre des échanges réels » (Bérard, 1991 : p. 50) ;
  • « pour ne pas limiter les apprenants seulement aux productions en français de leur [enseignant] » (Delhaye, 2003) ;
  • « pour permettre à l’apprenant de se livrer à une « consommation » sociale du document et non à une consommation scolaire : comprendre un document, c’est comprendre les intentions qui ont présidé à sa composition, réagir comme on l’aurait fait dans la réalité par un comportement qui répond justement à ces intentions » (ibid.). Dans le cadre scolaire,  la consommation de « document pourrait par exemple consister en un triste recensement des mots inconnus et en leur explication par le prof. Or, dans la réalité, ce sont les mots connus qui, conjugués à d’autres indices extra-linguistiques, permettront à quelqu’un de comprendre un document. » (ibid) ;
  • « pour contribuer à l’autonomisation de l’apprenant dans son apprentissage, en l’habituant à se livrer avec la moindre assistance possible à des activités de décodage, de repérage, de compréhension sur des documents semblables à ceux auxquels il sera confronté plus tard, hors encadrement scolaire. » (ibid.). Et donc pour l’entrainer à « apprendre à apprendre ».

2.5. Quels critères prendre en compte lors du choix d’un document authentique ?

Pour le choix d’un document authentique à exploiter en classe, il est recommandé que le document (cf. Bérard, 1991 ; Barrière, 2003 ; Cuq & Gruca, 2003 ; Lemeunier-Quéré, 2006) :

  • corresponde au niveau des apprenants car autrement l’exploitation peut se transformer en explication de texte ;
  • montre la richesse et la pluralité des voix francophones dans des contextes d’usage quotidien ;
  • puisse faire travailler la culture de la langue cible sans pour autant choquer l’apprenant car parfois ce qui peut paraître banal ou normal pour une culture ne peut l’être pour une autre. Il revient à l’enseignant de savoir choisir le document approprié : son contenu, ses images, le message véhiculé, etc. ;
  • puisse faire travailler la civilisation de la langue cible ;
  • traite des problèmes de la vie quotidienne ou d’actualité ;

(Les trois derniers points sont très importants car ces critères permettront aux apprenants de découvrir et d’apprendre à connaître et à reconnaître les situations, les coutumes, les comportements des personnes de la langue cible, les caractéristiques du pays cible).

  • soit long si le niveau est avancé ; moins long pour un niveau intermédiaire et beaucoup plus court pour un niveau débutant. Plus il sera long, plus il comportera des éléments lexicaux plus complexes voire inconnus ;
  • soit varié : c’est-à-dire choisir en alternance des poèmes enregistrés, des chansons, des interviews, des dialogues… ; choisir des documents présentant divers registres de langue (familier-courant-soutenu) ;
  • soit en rapport avec les aptitudes qu’on cherche à développer : ce qui est en relation avec l’analyse des besoins ;
  • ait recourt à des situations de communications variées où l’on questionne pour s’informer, où l’on donne des ordres, des conseils, où l’on argumente, on exprime son point de vue. Donc, le critère de sélection peut être les actes de paroles, les enchaînements d’actes ;
  • soit adapté à l’âge et aux centres d’intérêts des apprenants ;
  • soit en liaison avec l’actualité et la vie du pays de la langue étudiée ;
  • ait une source mentionnée : origine du document ;
  • ait une date : pour le placer dans son contexte ;
  • ait un auteur : si ce dernier est connu, le document sera plus facile à comprendre car le nom de l’auteur peut donner des indications sur le contenu ;

Par ailleurs, s’il s’agit d’un document oral, l’enseignant doit également faire attention :

  • au débit : selon les niveaux le débit sera plus rapide ou plus lent ;
  • au registre de la langue : les apprenants de niveau débutants auront des difficultés à comprendre par exemple un discours oral familier ;
  • à ce que le document comporte des caractéristiques propres à l’oral telles « heu ; Ben ; Bon ;… » car celles-ci sont des particularités incontournables du français spontané utilisées très souvent par les natifs. Travailler sur leur sens, en déduire/deviner leur sens serait un travail intéressant et davantage réalisable via les documents authentiques ; 
  • à ce que le document oral ait une transcription qui respecte les pauses.

3. Un exemple d’exploitation d’un document authentique pour la classe de FLE

Nous proposons ici d’exploiter un document authentique sonore avec des apprenants de FLE turcophones de niveau B1 (niveau intermédiaire ou, selon le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) utilisateurs dits indépendants de niveau seuil) dans le cadre d’une leçon d’expression/ compréhension orales.    

3.1. Présentation du document authentique

Le document authentique choisi est un document authentique audio tiré de l’émission radio intitulée « C’est juste mon avis ! » et présentée par Janine Perrimond en octobre 2002 sur RTL. Le texte oral a été téléchargé via Internet et sa transcription est donnée en annexe 1. Ce  texte a été divisé en trois parties afin de faciliter son exploitation et donc sa compréhension vu qu’il s’agit d’un monologue : Janine Perrimond parle du passage en France du franc à l’euro.

3.2. Pourquoi avoir choisi ce document ?

Nous avons choisi d’exploiter ce document pour les raisons suivantes :

  • C’est un document déclencheur permettant de travailler aussi bien la compréhension orale que l’expression orale. Ainsi, avant de passer à la phase de production, nous aurons d’abord l’occasion de travailler la compréhension orale. De plus, il vaut mieux se baser sur un document déclencheur pour favoriser l’expression orale plutôt que d’entrer directement dans le sujet : les apprenants auront eu l’occasion de travailler le sujet qu’ils discuteront et donc se sentiront plus impliqués, pourront au moins apporter quelques commentaires ;
  • C’est un document monologue : les apprenants sont confrontés à une seule voix, à un discours à débit rapide tel un locuteur natif qui écoute, au quotidien, une émission radiophonique ;
  • Il aborde un point de civilisation française : le passage du franc à l’euro ;
  • Il aborde un problème de la vie quotidienne des Français : les Français ont du mal à s’habituer à l’euro ;
  • Il aborde les désavantages de l’euro et l’avis des Français face à cette nouvelle monnaie.
  • Les apprenants turcs ont été confrontés en 2005 à une situation semblable : le passage de la livre turque à la nouvelle livre turque. Ainsi la situation des Français peut leur paraître intéressante.

Par ailleurs, lors de la phase de production orale, nous pensons que les apprenants auront plus de choses à dire avec un tel thème car devant un thème connu, les apprenants se sentent plus motivés à s’engager dans la tâche, se sentent plus impliqués alors qu’un thème non familier les décourage et les incite à faire appel à « des jugements très stéréotypés et souvent très impersonnels empruntés au nombreux discours diffusés par les médias. » (Golder & Favart, 2003 : p. 202).

3.3. Exploitation du document authentique choisi

3.3.1. Explications concernant l’accès au sens

Exploiter un document oral qu’il soit authentique, didactisé ou fabriqué passe surtout par trois phases : la pré-écoute, l’écoute et la post-écoute. L’objectif de cette division en trois temps est de faciliter l’accès au sens (Pendanx, 1998 : p. 91), de faciliter la reconstruction du sens (Ministères de l’Education de la Saskatchewan, 1999) du discours entendu. Ceci est d’autant plus important lorsqu’il est question de document authentique puisque étant construit pour des natifs, accéder à son sens devient un peu plus difficile en comparaison aux documents pédagogiques ou aux documents authentiques remaniés.    

  • La pré-écoute consiste généralement en différentes activités de remue-méninges (discuter sur un mot clé, apporter des images ou des textes se rapportant au contenu à écouter…) toutes centrées sur la préparation de la phase écoute, sur la préparation à la compréhension du document. Lors de la pré-écoute, les apprenants n’écoutent pas ou n’ont pas en main la transcription du texte. 
  • L’écoute consiste en l’application de la leçon à partir du texte oral. L’apprenant répond à des questions concernant la compréhension globale du texte (qui est l’auteur-e ?, que raconte-t-il/elle ?…) puis à des questions détaillant davantage le contenu.
  • La post-écoute consiste à argumenter ce qui vient d’être écouté, à discuter à propos de l’écoute ou à discuter sur des propos liés au contenu du texte écouté.

3.3.2. Fiche pédagogique

Niveau : B1

Objectifs communicatifs : donner une opinion/dire son point de vue

I. La Pré-écoute :

Nous utilisons ici deux activités orales de remue-méninges afin de préparer les apprenants à une écoute et à une meilleure compréhension du document sonore.  Il s’agit principalement de rafraîchir leur mémoire en ce qui concerne l’euro, de faire en quelque sorte « une fiche d’identité » de cette monnaie (sa date de parution, les raisons de sa parution…), de les préparer à des termes tels « double affichage, ancien franc-nouveau franc » qui apparaitront dans le texte et de les plonger un peu dans l’histoire monétaire de la France.

Remue-méninge 1 :

L’enseignant pose à la classe (communication + interaction) les questions suivantes afin de connaître l’euro.

  1. Qu’est-ce que l’euro ?
  2. Depuis quand existe-t-il ?
  3. Pourquoi ?
  4. Est-ce que tous les pays de l’Union Européenne ont adopté l’euro ?
    • Si non : quel(s) pays ? Pourquoi ?
  5. Que pensez-vous d’une Europe unie en monnaie ?
  6. Connaissez-vous le symbole de l’euro ?
  7. Connaissez-vous les différentes valeurs de l’euro en billets et en pièces ?
  8. Quelle était la monnaie française avant l’euro ?
  9. Savez-vous combien fait un euro en francs français ?
  10. A votre avis, au début, les Français ont-ils eu des difficultés à faire leurs courses, leurs achats en euro ? (aborder le terme de « double affichage »)
  11. A votre avis, ont-ils pris désormais l’habitude d’utiliser l’euro ?
  12. Est-ce la première fois que la France change de monnaie ?
    • Ecouter les réponses données à cette question sans les confirmer ni les contester.
    • Passer au second remue-méninge en utilisant le document intitulé « Le nouveau franc » dans lequel se trouvent les réponses recherchées à cette question.

Remue-méninge 2 :

Demander de lire le texte ci-dessous (autre document authentique) et reposer la question 12 du remue-méninge 1.

Le nouveau franc

Le 1er janvier 1960, sous l'impulsion de De Gaulle, le ministre des Finances Antoine Pinay et l'économiste Jacques Rueff remplacent " l'ancien franc " par le " nouveau franc ".

  • Quelle est la base de l'échange ?
    1 nouveau franc = 100 anciens francs. Désormais, le litre d'essence coûte 1 franc au lieu de coûter 100 francs, le kilo de pain passe de 60 francs à 60 centimes.
  • Pourquoi cette mesure qui perturbe les habitudes quotidiennes des Français ?
    Il s'agit de renforcer le franc, affaibli par l'inflation et les dépenses des guerres d'Indochine et d'Algérie. Il faut aussi, selon de Gaulle, rendre " au vieux franc français une substance conforme au respect qui lui est dû ".
  • Quelle devient la position du franc par rapport aux autres monnaies ?
    Le taux de 1 franc pour 1 Mark ou 1 franc suisse est presque atteint.
  • Comment s'est déroulé concrètement le changement de monnaie ?
    Les Français ont pu changer leurs anciens francs contre des nouveaux francs dans les banques. Les erreurs ont été peu nombreuses : le 1er janvier 1960, on relevait 60% d'erreurs de libellé sur les mandats (chèques), mais dès la semaine suivante seuls 20% des mandats étaient encore rédigés en anciens francs.
  • Et 41 ans après, la réforme est-elle définitivement entrée dans les mœurs ?
    Oui, mais beaucoup de Français, notamment les plus âgés, comptent encore en anciens francs, surtout pour les montants élevés.

Renseignements extraits de J. Marseille, " Du franc à l'euro ", L'Histoire n° 228, janvier 1999, pp. 56-66
http://www.de-gaulle-edu.net/approfondir/notions_imp/08_1958-1962.htm

II. L’écoute

a. Compréhension globale

Écouter le texte 2 fois et répondre aux questions.

1. Combien de personnes parlent et à quel propos ? ___________________________________

____________________________________________________________________________

2. A votre avis quelle est la source du document ? ____________________________________­­_

3. Quel genre de programme est-ce ?

  1. Un programme concernant les problèmes quotidiens.
  2. Un problème concernant l’économie de la France.
  3. Un programme concernant le pouvoir d’achat des Français.
  4. Un programme concernant l’Union Européenne.

b. Ecouter pour détailler

Ecouter le premier paragraphe (voir annexe 1) du texte et répondre aux questions suivantes (l’écoute se fera 2 fois) :

1. Quelle est la première phrase de la journaliste ?

« On a envie de dire : Ah bon…On est passé à l’euro ? »

  • A qui réfère ce « On » ? _______________________________________________________
  • Pourquoi ont-ils envie de dire cela ?
    ____________________________________________________________________________

2. Comment la journaliste nomme le « franc » et l’ « euro » ?

Le franc : ________________________

L’euro :  _________________________

3. Que dit-elle à propos de l’euro ?

« L’euro ne nous parle pas encore. »

  • Que signifie cette expression selon vous ?
    ___________________________________________________________________________

Ecouter le deuxième paragraphe (voir annexe 1) du texte et répondre aux questions suivantes (l’écoute se fera 2 fois) :

1. D’après la journaliste, l’euro va-t-il continuer à ne pas parler aux gens ? Expliciter la réponse.

____________________________________________________________________________

2. Que vont faire les gens en faisant leurs achats en euro ?

(La réponse doit comporter le sujet de conversion de l’euro en franc)

3. D’après la journaliste comment les gens vont-ils s’habituer à utiliser l’euro sans avoir besoin de reconvertir ?

  1. Avec le temps tout s’arrangera.
  2. En disant euro à la place de franc.
  3. En prenant pour base les choses à petits prix.
  4. En utilisant des calculatrices de conversion.
  • En vous appuyant sur le texte et vos connaissances, explicitez votre réponse.

4. Selon vous et selon le texte, quelle est la raison essentielle du double affichage ?

___________________________________________________________________________

5. A quoi la journaliste compare-t-elle le passage du franc à l’euro ?

(Passage de l’ancien franc au nouveau franc)

6. Pour qui l’euro se présente-t-il comme un avantage ? ______________________________

  • Pourquoi d’après vous ? _____________________________________________________
  • Imaginez les problèmes qu’ils pouvaient rencontrer avant l’euro. 

Ecouter le troisième paragraphe (voir annexe 1) du texte et répondre aux questions suivantes (l’écoute se fera 2 fois) :

1. De quoi la journaliste nous fait-elle part ici exactement ? ___________________________

2. Pour expliciter la question 1, énumérez ses propos :

  •  
  •  
  •  

3. Comment se fait le calcul de conversion de l’euro en franc ? Choisissez la bonne formule.

(x euro X 6 ou 7) ou bien ((x euro X 10) – 1)

  • Pourquoi multiplie-t-on par 6 ou 7 et non seulement par 6 ? ______________________________
  • D’après vous est-ce un calcul difficile ? Que pense la journaliste à ce propos ? Quel terme exact utilise-t-elle pour qualifier ce calcul ?

(Elle dit que c’est « laborieux ».)

  • Réfléchissez sur ce terme. Pour quoi utilise-t-on généralement un tel adjectif ?

III. La post-écoute

C’est ici que se déroule le travail d’expression orale. Il sera question de rappeler tout d’abord les points importants du texte, de demander ce qu’on a appris du texte, d’en faire en quelque sorte un petit résumé oral. Puis, vu qu’ils ont vécu une situation semblable (passage à une nouvelle monnaie), leur demander d’en parler. Pour les inciter à parler, ce genre de questions peut leur être posé au départ :

  • Rappeler ce qui s’est passé : quand, pourquoi, comment ?
  • Ont-ils vécu les difficultés explicitées dans le texte ?
  • Ont-ils vécu d’autres difficultés ?
  • Le passage à une nouvelle monnaie a-t-il été bénéfique ?
  • La situation vécue en France ressemble-t-elle à celle vécue en Turquie ?
  • Avez-vous également procédé à un calcul de conversion ?

Enfin, nous leur demanderons de lire le texte ci-dessous qui est aussi un document authentique mais plus actuel par rapport aux autres documents exploités. Publié le 15 juin 2010 par l’agence de presse Reuters, il s’agit d’un article qui traite lui aussi des opinions des Français sur l’euro et plus exactement de leur opinion concernant l’effet négatif de l’euro sur la crise économique 2007-2008. Cette crise a touché le monde, et donc forcément notre public turcophone. Ce public possède donc déjà des connaissances référentielles à ce propos. Une fois la lecture réalisée nous leur poserons par ordre les deux questions ci-dessous et leur demanderons d’y répondre oralement :

  • Et vous, qu’en pensez-vous ? Estimez-vous que l’euro aggrave la crise ?
  • Pensez-vous que la Nouvelle Livre Turque a eu un tel effet en Turquie ?

4. Conclusion

Les documents authentiques qui s’intègrent davantage dans un enseignement communicatif des langues constituent pour l’enseignement du FLE un matériel privilégié car ils présentent aux apprenants un pays francophone, son actualité, le quotidien de ce pays et surtout le « vrai  français » : celui au lexique varié utilisé par les natifs et non celui enseigné dans ses formes normatives à l’école, celui présenté dans les manuels où les documents fabriqués priment. Certes, l’usage des documents authentiques en classe n’est pas toujours facile surtout avec les apprenants anxieux pour qui accéder au contenu peut paraître difficile, voire « traumatisant ». Néanmoins des travaux d’analyse (ou d’exploitation), comme ceux que nous avons présentés dans cette étude, réalisés régulièrement en classe, permettront de faire gagner de la pratique, d’initier les apprenants à ce type de documents, de réduire leur peur de ne pas comprendre et entraineront à la maîtrise des différents aspects de la langue et particulièrement ici, à la maîtrise du français oral. Cependant, il est vrai qu’on ne peut pas faire en classe le tour de toutes les variétés de la langue. Toutefois, dans la mesure où il s’agit d’alerter les apprenants à propos de cette diversité, quelques illustrations permettront au moins de montrer à l’apprenant, qu’outre le français formel présenté dans les manuels de FLE, il existe aussi un français « non formel » mais quand même utilisé tout comme il existe une langue turque formelle et non formelle. 

En ce qui concerne l’exploitation réalisée dans cette étude à l’aide d’un document authentique oral, nous pouvons dire qu’outre le savoir langagier et les savoir-faire, elle a également permis de mettre en valeur une caractéristique sociale de la France, de montrer aux apprenants turcs que les Français pouvaient aussi être confrontés à des problèmes et des difficultés similaires aux leurs. Par ailleurs, s’agissant d’un thème centré sur des références proches de leur vie et donc étant porteur de sens pour eux, cette exploitation permet un accroissement de leur motivation à parler car il est question alors d’un désir d’exploiter les connaissances antérieures, d’une volonté à prendre position, à vouloir raconter ce qu’ils savent. 

Annexe 1

L’euro ? Tu parles !

Partie 1 :

On a envie de dire : "Ah bon ... On est passé à l'euro ?" Parce qu'autour de vous : on ne parle qu'en francs. Plus sérieusement, il y a maintenant deux monnaies : l'une qui n'existe plus - sauf, dans nos têtes, ce qui n'est pas rien. Et puis, l'autre, la monnaie réelle, qui ne nous parle pas encore.

Partie 2 :

Alors, est-ce que ça va durer ? Ah oui, sûrement. Des générations vont vieillir comme ça, en ayant besoin de tout convertir parce que l'euro progresse, c'est vrai, mais si doucement ! On connaît le prix de la baguette, du paquet de cigarettes. Petit à petit, on va apprendre les prix plus gros. Mais maintenant on sait que ça prendra des années et des années, exactement comme pour le passage de l'ancien au nouveau franc. D'où la nécessité, évidente, du double affichage. Alors, est-ce une raison pour être nostalgique ? Certains en en sont enchantés : ceux qui voyagent beaucoup. Tous les autres, c'est vrai qu'ils ont un peu de mal à percevoir les avantages de l'euro.

Partie 3 :

Les inconvénients, on les voit bien. D'abord, le calcul mental dans les magasins : tout multiplier par 6 ou 7, ou par 10 en retirant un tiers, c'est assez laborieux. On constate aussi que les dépenses courantes ont augmenté, quoi qu'en disent nos gouvernants.

Janine Perrimond, C'est juste mon avis,  RTL, 2002.

Bibliographie

Barrière, I. (2003). « Exploitations pédagogiques de documents »,
http://www.edufle.net/Exploitation-pedagogique-de (page consultée le 18 juin 2010)

Bérard, E. (1991). L’approche communicative. Paris : CLE International.

Cord-Maunoury, B. (2000). « Analyse du site Polar FLE », Alsic, 3, no2, pp.239-254.
http://toiltheque.org/Alsic_volume_1-7/Num6/cord/alsic_n06-log2.htm

Cuq, J-P. (2003). (dir.) Dictionnaire de didactique du français. Paris : CLE International.

Cuq, J-P., Gruca, I. (2003). Cours de didactique du français langue étrangère et seconde. France : PUG.

Delhaye, O. (2003). « Le document authentique »,
http://gallika.net/spip.php?article42 (page consultée le 17 juin 2010)

Golder, C., Favart, M. (2003). « Argumenter c’est difficile…Oui, mais pourquoi ? ». Etudes de Linguistique Appliquée, vol. 130, pp.187-209.

Lemeunier-Queré, M. (2006). « Créer du matériel didactique : un enjeu et un contrat », http://www.francparler.org/dossiers/lemeunier_quere2006.htm (page consultée le 17 juin 2010)

Ministère de l’Education de la Saskatchewan (1999). « Le processus en communication orale »,
http://www.sasked.gov.sk.ca/docs/francais/fransk/fran/sec/prg_etudes/domc5.html
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Pendanx, M. (1998). Les activités d’apprentissage en classe de langue. Paris : Hachette FLE.

Robert, J-P. (2002). Dictionnaire pratique de didactique du FLE. Paris : Ophrys.

Sites-web à titre de consultation

ARTE radio : http://www.arteradio.com/tuner.html

ARTE reportage : http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/arte-reportage/103294.html

Courrier International : http://www.courrierinternational.com

France Culture : http://www.franceculture.com/

La Télé Libre : http://latelelibre.fr/

La télévision de découverte francophone : http://www.tv-francophonie.com/

L’Equipe : http://www.lequipe.fr/

Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/

Le Monde : http://www.lemonde.fr/

Les journaux télévisés de France 3 : http://jt.france3.fr/

Libération : http://www.liberation.fr/

Revue2presse : http://www.revue2presse.fr/home.php?cat=1

Radio France Internationale : http://www.rfi.fr/emissions

Radio Télévision Belge Francophone: http://www.rtbf.be/info/

Rue 89 : http://www.rue89.com/

TV 5 Monde : http://www.tv5.org
http://www.tv5.org/TV5Site/info/mediafiches_accueil.php



[i] Nous rappelons que « L’entrée dans la classe de langue des documents authentiques, appelés également documents bruts ou sociaux, date des années 70 avec la réflexion engendrée pour définir le niveau 2 de la méthodologie SGAV. » (Cuq (dir.), 2003 : p.29). Leur utilisation dans l’enseignement/apprentissage des langues étrangères s’est ensuite développée et généralisée à travers l’Approche Communicative. Les documents authentiques se sont intégrés dès le début de l’apprentissage avec cette approche et la notion de « document authentique » a pris sa place parmi les mots clés renvoyant à cette approche.




Synergies Canada. ISSN: 1920-4051